Pendant longtemps, on nous a demandé de nous taire. De tourner la page. D’accepter que d’autres racontent notre histoire à notre place. Finalement d’accepter que les Français d’Algérie deviennent les absents d’un récit national réécrit au gré des intérêts politiques, des repentances officielles et des exigences du pouvoir algérien.
Nous avons refusé. Et nous avions raison.
Car ce que nous dénoncions hier apparaît aujourd’hui au grand jour.
Depuis des années, le régime algérien construit sa légitimité sur une rente mémorielle inépuisable. À chaque difficulté intérieure, à chaque crise diplomatique, à chaque visite officielle de ministres français, la France est désignée comme coupable. À chaque commémoration, l’histoire est instrumentalisée. À chaque déclaration officielle, les mêmes accusations sont répétées jusqu’à devenir, pour certains, des vérités établies.
Plus grave encore : une partie des élites françaises accompagne ce mouvement. Par faiblesse. Par conformisme. Par intérêt électoral.
On exige toujours plus de repentance de la France, mais jamais un mot sur les milliers d’Européens et de Français musulmans assassinés après les accords d’Évian, sur les disparus, sur les massacres d’Oran du 5 juillet 1962, sur l’exil des Français d’Algérie ou sur les harkis abandonnés puis massacrés.
Notre mémoire dérange. Alors on cherche à la faire taire, à l’effacer, à la remplacer par un récit unique où les victimes d’hier deviennent les coupables d’aujourd’hui.
Face à cette entreprise d’effacement, le Cercle algérianiste demeure.
Il est aujourd’hui la voix la plus forte et la plus écoutée des Français d’Algérie. Non par ambition, mais parce que beaucoup ont renoncé ou se sont tus faute de militants.
Nous demeurons parce que nous savons ce que coûtent le silence, les abandons et le déni du réel. Parce que l’expérience des Français d’Algérie n’appartient pas au passé. Elle éclaire le présent, révèle les fractures de notre société et rappelle qu’on ne bâtit jamais durablement sur l’oubli.
C’est pourquoi notre parole dérange. C’est aussi pourquoi elle est indispensable.
Aujourd’hui, nous ne sommes plus seuls. Des historiens, des journalistes, des intellectuels, des écrivains nous rejoignent ou nous écoutent. S’Ils n’approuvent pas toujours toutes nos analyses, ils reconnaissent la solidité de notre travail, la richesse de nos archives et la pertinence de nos alertes.
Si pendant cinquante ans, nous avons souvent été considérés comme des témoins encombrants, aujourd’hui, nous devenons des interlocuteurs incontournables.
Cette évolution nous oblige.
Nous devons sortir du simple devoir de mémoire pour entrer pleinement dans le débat public en répondant plus que jamais aux falsifications, en dénonçant les manipulations.
Nous devons plus que jamais refuser que l’histoire de la France soit écrite à Alger, commentée à Paris et imposée aux Français comme une vérité officielle.
Lorsque le président de la République qualifie de « mabouls » ceux qui refusent certains renoncements, chacun jugera. Pour ma part, je préfère être rangée parmi les « mabouls » qui défendent la vérité que parmi les bien-pensants qui s’accommodent du mensonge.
Car le véritable danger n’est pas l’excès de mémoire. Le véritable danger est l’amnésie organisée.
Le véritable danger n’est pas dans ceux qui rappellent les faits. Il est dans ceux qui les sélectionnent.
Le véritable danger n’est pas dans ceux qui défendent la France. Il est dans ceux qui acceptent qu’on lui dicte ce qu’elle doit penser de son propre passé.
Mes chers amis, le combat n’est pas terminé. Il commence même sous une forme nouvelle.
Pour peser davantage, nous devons être plus nombreux. Plus nombreux à adhérer, à lire et faire lire notre Revue, à diffuser nos publications, à relayer notre newsletter.
Je demande aujourd’hui à chacun d’entre vous de devenir ambassadeur de cette parole libre.
Chaque nouvel adhérent renforce notre force de frappe. Chaque nouvel abonné élargit notre audience. Chaque nouveau lecteur contribue à empêcher l’effacement de notre histoire.
Car si nous abandonnons ce combat, d’autres écriront notre histoire sans nous.
Et ils l’écriront contre nous.
Je refuse cette perspective. Je sais que vous la refusez également.
Alors poursuivons notre engagement sans complexe, sans faiblesse, sans renoncement.
Parce que la vérité ne se négocie pas.
Parce que la France mérite mieux que les caricatures.
Parce que notre parole n’a jamais été aussi nécessaire.
Suzy Simon-Nicaise
Présidente nationale du Cercle algérianiste
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