Mabouls ? Mais qui sont les mabouls ?

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« Mabouls » : le mot est lâché.

Ainsi, ceux qui contestent la politique algérienne d’Emmanuel Macron seraient des « mabouls ». Le terme est savoureux. D’autant plus savoureux qu’il est d’origine arabe : mahboul, le fou, l’illuminé, celui qui aurait perdu la raison.

Alors regardons les faits.

Qui sont les mabouls ?

Ceux qui constatent que depuis des années chaque déplacement officiel à Alger se termine par un échec ?

Ceux qui ont vu la ministre Alice Rufo se rendre à Sétif le 8 mai, participer aux cérémonies officielles algériennes, défilant au milieu d’une foule d’algériens insultant la France, sans trouver un mot pour les Français d’Algérie assassinés ou disparus, pour les harkis abandonnés ou pour les victimes du FLN ?

Ceux qui ont vu Jean-Noël Barrot, Gérald Darmanin et tant d’autres traverser la Méditerranée avec la promesse d’une relation apaisée pour revenir sans la moindre avancée concrète ?

Ceux qui constatent qu’aucune de ces visites n’a permis d’obtenir du pouvoir algérien le moindre geste de réciprocité, la moindre marque d’apaisement, le moindre recul dans la surenchère mémorielle ?

Ceux qui observent qu’à peine quelques jours après la visite de Gérald Darmanin, le président Tebboune poursuivait son offensive idéologique en faisant avancer voter une loi destiné à criminaliser la colonisation française ?

Ceux qui s’interrogent lorsqu’un journaliste français comme Christophe Gleizes demeure détenu sans que les visites officielles françaises n’y changent quoi que ce soit ?

Ceux qui s’indignent que l’écrivain Boualem Sansal ait été emprisonné pendant des mois pour ses opinions alors que Paris multipliait les gestes de bonne volonté envers Alger ?

Ou bien les véritables mabouls seraient-ils ceux qui répètent inlassablement la même politique en espérant obtenir un résultat différent ?

Car enfin, combien d’échecs faudra-t-il pour que l’on cesse de parler de succès ?

Combien d’humiliations diplomatiques faudra-t-il subir pour que l’on cesse de les présenter comme des avancées ?

Combien de concessions mémorielles faudra-t-il consentir pour comprendre qu’elles ne produisent ni respect mutuel, ni réconciliation, ni apaisement ?

Depuis des années, la France tend la main.

Depuis des années, Alger la repousse avant de réclamer davantage.

Depuis des années, les mêmes responsables annoncent une « nouvelle étape », une « relance », une « réconciliation » ou un « partenariat renouvelé ».

Et depuis des années, chaque séquence se termine par une nouvelle polémique, une nouvelle exigence, une nouvelle accusation contre la France.

Les faits sont pourtant d’une remarquable constance.

La folie n’est peut-être pas de constater l’échec.

La folie est peut-être de recommencer indéfiniment la même expérience en espérant un résultat différent.

Le mot est finalement révélateur.

Dans la bouche du pouvoir, le maboul n’est pas celui qui refuse de voir la réalité.

C’est celui qui ose la rappeler.

C’est celui qui refuse d’oublier les Français d’Algérie, les harkis, les disparus, les victimes du FLN et tous ceux que l’histoire officielle voudrait effacer.

C’est celui qui refuse de confondre amitié entre les peuples et soumission à un régime.

Alors oui, s’il faut être « maboul » pour regarder les faits en face, pour tirer les leçons des échecs répétés et pour refuser que la France courbe indéfiniment l’échine devant les injonctions d’Alger, alors nous sommes nombreux à revendiquer ce qualificatif.

Et chaque nouvelle visite ministérielle soldée par un échec, chaque nouvelle concession sans contrepartie, chaque nouvelle provocation du régime algérien ne fait qu’agrandir un peu plus le cercle des « mabouls ».

À ce rythme-là, il se pourrait même que les mabouls finissent par devenir majoritaires.

Corentin Argelis