Avec Ségolène Royal, il faut bien reconnaître une constance : elle n’en est pas à sa première déclaration ubuesque, et celle-ci s’inscrit parfaitement dans une collection déjà bien fournie.
Cette fois, la voilà qui tranche avec aplomb : « non, les églises ne sont ni fermées ni entravées en Algérie ». Fin du débat. Rideau.
On se demande presque pourquoi des médias comme L’Express ou Paris Match persistent à parler de « paradoxes » et de « non-dits », alors qu’il suffisait manifestement de lui poser la question.
Le problème, c’est que la réalité résiste un peu. Comme le souligne Charlotte Touati, explique
Le problème, c’est que la réalité résiste un peu. Comme le souligne Charlotte Touati, historienne et chercheuse en sciences des religions à l’université de Lausanne, nier les fermetures d’églises revient surtout à invisibiliser des communautés entières, notamment protestantes en Kabylie. Autrement dit : s’il n’y a pas d’églises fermées, c’est simplement parce qu’on décide que certaines ne sont pas des églises. Astuce redoutable.
Et le raisonnement pousse à sourire — jaune. Car à ce compte-là, on pourrait appliquer la même méthode en France : reconnaître une seule mosquée officielle, fermer ou marginaliser toutes les autres, puis affirmer avec gravité que « tout va bien pour l’islam ». Personne n’y croirait une seconde.
Mais appliqué à l’Algérie, cela devient soudain une vérité que Ségolène Royal reprend avec un zèle militant. Au point de donner le sentiment qu’elle ne commente plus une situation, mais qu’elle en récite la version validée.
On en arrive donc à ce spectacle assez fâcheux : une ancienne candidate à la présidence française parle davantage au nom d’un pouvoir étranger qu’au regard des faits documentés. À ce niveau, ce n’est plus une simple erreur d’analyse, ni même de la complaisance : cela ressemble furieusement à une forme d’allégeance à Abdelmadjid Tebboune.
Et à force d’empressement, une question finit par s’imposer : Ségolène Royal prépare-t-elle une reconversion diplomatique… ou espère-t-elle carrément décrocher une place de choix dans la cour du « roi » Tebboune ?
Corentin Argelis




