Les tribulations de Ségolène à Alger (ou la diplomatie de la contribution permanente)

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La tentative de Ségolène Royal pour devenir la première femme présidente de la Ve République échoua. Cruelle ingratitude du suffrage universel : la France se montra assez ingrate pour se passer de cette innovation historique.

Mais un animal politique ne disparaît jamais : il change simplement de perchoir. Et pour quelqu’un qui ne respire vraiment qu’à proximité des dorures de la République, il fallait bien retrouver un pupitre, une tribune, ou à défaut un micro.

Sans la moindre gêne – sentiment devenu facultatif dans certaines carrières – elle accepta donc un ministère de l’Écologie sous la présidence de son ancien compagnon.
Certains couples se séparent ; d’autres recyclent leur histoire conjugale dans l’organigramme de la République.

Lorsque celui-ci renonça courageusement à briguer un second mandat, la dame offrit aussitôt ses services au nouveau locataire de l’Élysée, Emmanuel Macron. En politique, la fidélité est une vertu admirable, à condition de rester suffisamment flexible.

En 2017, le président Macron la nomma ambassadrice chargée des négociations internationales pour les pôles arctique et antarctique. Nomination splendide.
Hélas, en 2020, elle démissionna, privant l’humanité d’un spectacle qui aurait mérité une retransmission mondiale : celui de madame Royal emmitouflée en Groenlandaise, ameutant ours blancs et manchots, haranguant les glaces contre l’impérialisme américain et boutant le Yankee hors des banquises du pôle Nord.

Mais le froid est ingrat. La chaleur des tribunes politiques l’est beaucoup moins.

Le 18 décembre 2025, la voilà promue présidente de l’Association France-Algérie. Enfin une scène digne d’elle. Les projecteurs se rallument, les caméras frémissent, et la dame retrouve ce milieu naturel où elle s’épanouit : la déclaration solennelle.

Seul petit regret : ne pas avoir pu assister, à Alger, au vote d’une loi criminalisant la colonisation. Elle y aurait pourtant trouvé un auditoire parfaitement accordé à son discours d’investiture, dans lequel elle expliquait doctement que la France devait reconnaître, réparer, restituer — bref, rendre tout ce qui n’est pas encore scellé dans les fondations.

L’invitation ne tarda pas.

La Chambre algérienne de commerce et d’industrie lui offrit un séjour de quatre jours à Alger, du 26 au 30 janvier 2026.
Quatre jours qui se transformèrent en un véritable festival de contrition.

Reçue le 28 janvier par le président Abdelmadjid Tebboune, madame Royal décrivit l’histoire de la France en Algérie comme une « histoire blessée faite de domination et de violences indignes ».
À ce stade, il ne manquait plus que les violons.

Puis vint la grande idée : « tout restituer ».
Les effets de l’émir Abdelkader, les archives conservées à Aix-en-Provence, le canon Baba Merzoug exposé à Brest, les dossiers nucléaires du Sahara…
À ce rythme, on s’attendait presque à ce qu’elle propose de restituer également Marseille, pour faire bonne mesure.

Depuis un pupitre portant la mention prestigieuse « Presidency of the Republic », la présidente de l’AFA dénonça ensuite « ceux qui ne veulent pas que l’Algérie avance » et invita le ministre français de l’Intérieur à venir séance tenante à Alger.
Et, prodige diplomatique, il vint.
On découvre ainsi qu’une ancienne candidate malheureuse à l’Élysée peut parfois donner des instructions à un gouvernement en exercice.

La visite culturelle fut du même acabit.

Au Bastion 23 — ancien repaire des corsaires ottomans — madame Royal posa tout sourire à côté d’un mannequin déguisé en pirate de la Régence.
Photo souvenir impeccable : costume bleu, sourire radieux, décor pittoresque.

Un détail cependant : ces corsaires ensanglantèrent la Méditerranée pendant des siècles et capturèrent des milliers d’esclaves européens.
Mais l’histoire, chez certains, fonctionne comme un projecteur de théâtre : elle éclaire ce qu’il faut voir et laisse le reste dans l’ombre.

Elle ne trouva d’ailleurs rien à redire à l’absence totale de français sur les panneaux d’information. La disparition de la langue française ne semblait troubler que les visiteurs.

Le clou du séjour fut atteint le dernier jour.
Madame Royal obtint que le journaliste Christophe Gleizes soit transféré de la prison de Tizi Ouzou à celle d’Alger.
Triomphe diplomatique.

Radieuse, elle remercia chaleureusement les autorités en expliquant que cela « rapprocherait le détenu de sa famille ».
Quant aux quelque 250 autres prisonniers politiques du régime, ils durent admirer de loin cette démonstration d’humanisme sélectif.

Pendant ce temps, à Paris, d’autres voix enrichissaient ce concours d’imagination historique.
Ainsi Sandrine Rousseau expliqua gravement avoir elle-même été menacée par l’OAS — détail étonnant pour une personne née en 1972, soit dix ans après la disparition de ladite organisation.
La mémoire militante possède décidément une remarquable élasticité chronologique.

De retour en France, madame Royal découvrit cependant que son escapade algéroise n’avait suscité qu’un enthousiasme très mesuré.
Un seul soutien notable : l’historien Benjamin Stora.

Quand on connaît l’amitié que ses parents portaient au colonel Argoud, quand on relit les amabilités qu’elle a consacrées à son propre père, on se souvient du jugement que portait sur elle son oncle, le général de brigade Pierre Royal, qui la qualifiait de mythomane.

On a connu des jugements plus longs.
On en a rarement vu de plus précis.

Arthur Fennec