Algérie : la loi scélérate qui criminalise la présence française

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Le 24 décembre 2025, 407 députés algériens, drapés dans des écharpes aux couleurs du drapeau vert et blanc, ont adopté à l’unanimité un texte criminalisant la colonisation française, désormais qualifiée de « crime d’État ».

Une unanimité parfaite. Pas une voix discordante.
En Algérie, l’histoire ne se discute pas : elle se décrète.

Parmi les invités figurait le professeur Mohamed-Lahcen Zeghidi, coprésident de la commission mixte franco-algérienne sur l’histoire et la mémoire (au centre de la photo) et proche de Benjamin Stora.(1)

https://www.aps.dz/fr/algerie/actualite-nationale/mjk37g94-zeghidi-qualifie-de-moment-historique-la-criminalisation-de-la-colonisation-francaise-en-algerie

Invité d’honneur de l’Assemblée nationale populaire, il a salué « un moment historique porteur de sens, profondément enraciné dans la mémoire nationale ».

Il a également présenté cette loi comme « une réponse claire des enfants de Novembre à ceux qui glorifient le colonialisme au sein du Parlement français ».

Le message est clair : l’Algérie entend désormais fixer par la loi sa vérité historique.

Officiellement, ce texte serait une réponse — tardive — à la loi française du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés, texte qui rendait notamment hommage « aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France ».

On se souvient que cette loi avait immédiatement provoqué la colère d’Alger. En France même, certains historiens avaient dénoncé un texte imposant « une histoire officielle », contraire selon eux à la neutralité scolaire et à la liberté de pensée.

Jacques Chirac avait finalement obtenu du Parlement la suppression de l’article 4, qui évoquait le « rôle positif de la présence française outre-mer ».

La France avait donc reculé.
L’Algérie, elle, avance — mais dans l’autre sens.

Car le texte adopté à Alger ne se contente pas de critiquer la colonisation : il la criminalise.
Et le moment choisi n’a rien d’innocent.

Depuis plusieurs mois, les relations entre Paris et Alger se dégradent : tensions autour de la marocanité du Sahara occidental, accusations visant le mouvement séparatiste kabyle, polémiques autour d’influenceurs algériens, condamnation en appel du journaliste Christophe Gleizes à sept ans de prison.

Dans ce climat déjà délétère, la loi mémorielle algérienne vient ajouter une nouvelle pierre à l’édifice de la confrontation.

Moins d’un mois après le vote des députés, les sénateurs du Conseil de la Nation ont examiné le texte et émis des réserves sur deux points : les excuses officielles et les réparations financières.

Ces dispositions ne correspondaient pas à la ligne fixée par le président Abdelmadjid Tebboune, qui exige avant tout une reconnaissance politique des crimes coloniaux.

En décembre 2024, il déclarait déjà :

« Nous ne sommes tentés ni par l’argent, ni par les euros ou les dollars. Nous réclamons la reconnaissance par la France des crimes commis dans le pays. Je ne demande pas de compensation financière. »

Le texte a donc été renvoyé devant une commission paritaire réunissant les deux chambres du Parlement.

Selon le quotidien L’Expression DZ-Com du 1er mars 2026, la commission est finalement parvenue à une « version profondément remaniée ».

La demande d’excuses officielles a disparu. Le mot même d’« excuses » a été supprimé.

L’article prévoyant une indemnisation globale a également été retiré. Le pouvoir algérien privilégie la condamnation symbolique à la réparation financière.

Seules les victimes des essais nucléaires pourraient conserver la possibilité de demander réparation.

Dans les prochains jours, l’Algérie devrait donc adopter définitivement un texte qui criminalise, en bloc, l’œuvre française en Algérie.

Et Paris ?

La réaction du gouvernement français fut à l’image de sa dhimmitude.

Le porte-parole du Quai d’Orsay a déclaré que la France n’avait « pas vocation à commenter la politique intérieure algérienne ». Il a également rappelé « l’ampleur du travail engagé par le président Emmanuel Macron sur la mémoire de la colonisation », notamment à travers une commission mixte d’historiens français et algériens.

Autrement dit : prudence, silence, repentance.

Le gouvernement français aurait pourtant pu rappeler à Alger qu’en adoptant une telle loi il viole l’esprit — sinon la lettre — des accords d’Évian, qui avaient amnistié l’ensemble des actes commis durant la guerre d’Algérie.

Mais il est vrai que, depuis plusieurs années, Paris semble préférer la contrition permanente à la défense de sa propre histoire.

Rappelons enfin qu’en mars 2005 de nombreux pétitionnaires avaient demandé l’abrogation de la loi française, estimant qu’il n’appartenait pas au Parlement d’écrire l’histoire.

Mais cela se passait en France. Pas en Algérie.

Alger accuse. Paris s’excuse.

Arthur Fennec

1 — Le Cercle algérianiste a demandé la dissolution de la commission mixte d’historiens français et algériens qui, avec l’adoption d’une telle loi, n’aurait plus aucune raison d’exister.