UNE EXPOSITION À NE PAS MANQUER À PERPIGNAN
Pour la quatorzième année consécutive, le Cercle algérianiste présente au Centre de Documentation des Français d’Algérie de Perpignan son exposition annuelle de photographies. Trente-quatre images, choisies pour leur force et pour ce qu’elles racontent de notre histoire, composent cette nouvelle édition intitulée : « Algérie française (1830-1962) : une terre, plusieurs croyances ».
Un sujet qui résonne singulièrement avec notre présent.
Car cette exposition ne parle pas seulement de religion. Elle raconte une terre où, pendant plus d’un siècle, des croyances différentes ont pu s’exprimer, des lieux de culte être édifiés, des processions traverser les rues, des fêtes religieuses rassembler les fidèles. Elle rappelle surtout une évidence parfois oubliée : dans l’Algérie française, la liberté des cultes fut une réalité visible et vécue.
Bien avant 1830, l’Afrique du Nord avait déjà été une terre de spiritualité et de confrontation des croyances. Le christianisme y plonge des racines très anciennes. Hippone demeure indissociable de saint Augustin ; Tipasa, Djemila et tant d’autres sites témoignent encore de la présence des premières communautés chrétiennes. Le judaïsme y possédait lui aussi une histoire pluriséculaire, tandis que l’islam s’y était profondément enraciné à partir du VIIᵉ siècle.
À partir de 1830 s’ouvre une nouvelle période. Églises, temples et synagogues côtoient les mosquées. Notre-Dame d’Afrique domine Alger ; Santa Cruz veille sur Oran ; Notre-Dame du Sahara s’élève à El Goléa. À Sétif, la grande synagogue accueille une communauté juive importante. Les protestants disposent également de leurs temples.
Mais les photographies présentées ne montrent pas seulement des bâtiments. Elles font revivre des hommes, des femmes et des enfants. Des processions catholiques parcourent les villes. Des religieuses soignent et enseignent. Des écoles accueillent les enfants. Des mouvements de jeunesse réunissent garçons et filles. Des œuvres caritatives se développent. Les communautés vivent leurs traditions, leurs fêtes, leurs rites.
Cette coexistence ne fut certes ni parfaite ni exempte de tensions. Aucune société humaine ne l’est. Mais la liberté de croire, de pratiquer et de transmettre sa foi était garantie. Les lieux de culte faisaient partie du paysage et la religion pouvait se vivre publiquement.
Puis vint le temps de la violence.
La guerre d’Algérie n’épargna ni les hommes ni les symboles. Des édifices religieux furent frappés, des fidèles assassinés. Le chanteur juif Cheikh Raymond fut abattu à Constantine en 1961. Églises et synagogues furent touchées par les attentats et la peur gagna peu à peu des communautés qui avaient vécu sur cette terre pendant des générations.
1962 marque une rupture.
Avec l’exode massif des Français d’Algérie et le départ d’une grande partie de la communauté juive, un monde disparaît presque brutalement. Des églises ferment, changent d’affectation ou sont abandonnées. Des synagogues disparaissent ou deviennent des mosquées. Les cloches se taisent dans nombre de villes où elles avaient rythmé la vie quotidienne.
Pourtant, une présence chrétienne demeure.
Elle est devenue infiniment plus fragile, mais quelques hommes et femmes ont choisi de rester, de servir et de témoigner. Certains l’ont payé de leur vie. Les moines de Tibhirine, assassinés en 1996, et Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran tué la même année, sont devenus les figures bouleversantes de cette fidélité dans l’Algérie meurtrie par la décennie noire.
Et puis il y a ce que les exilés ont emporté avec eux.
Ils n’ont pas seulement traversé la Méditerranée avec quelques valises. Ils ont emporté leurs souvenirs, leurs traditions et parfois jusqu’aux signes matériels de leur foi. Ainsi Notre-Dame de Santa Cruz d’Oran a trouvé un prolongement à Nîmes ; ailleurs, des statues comme Notre Dame d’Afrique à Théoule, des objets religieux, des vitraux sauvés de l’abandon ont retrouvé une place sur la terre de France.
C’est aussi cela que raconte notre exposition : la permanence d’une mémoire par-delà l’exil.
Ces trente-quatre photographies ne prétendent évidemment pas résumer cent trente-deux années d’une histoire complexe. Elles constituent des fragments de vie et de mémoire. Mises bout à bout, elles rappellent cependant une réalité que l’on ne saurait effacer : l’Algérie fut une terre où plusieurs religions ont laissé leur empreinte et où, durant la présence française, elles purent disposer de leurs lieux de culte et manifester publiquement leur foi.
À l’heure où, en France même, les questions de liberté religieuse, d’intolérance et de coexistence des croyances reviennent avec force dans le débat public, regarder ces photographies n’est donc pas seulement regarder le passé.
C’est aussi interroger notre présent.
Car une société qui garantit à chacun la liberté de croire, de ne pas croire et de pratiquer sa religion dans le respect des lois protège bien davantage qu’un culte : elle protège une liberté fondamentale.
C’est cette histoire, avec ses lumières, ses blessures et ses ruptures, que le CDDFA a choisi cette année de donner à voir.
Une terre. Plusieurs croyances. Et une liberté dont on mesure peut-être mieux aujourd’hui combien elle est précieuse.
À VOIR JUSQU’EN JUILLET 2027
Exposition « Algérie française (1830-1962) : une terre, plusieurs croyances »
Centre de Documentation des Français d’Algérie – CDDFA
Couvent Sainte-Claire –rue Général Derroja – 66000 Perpignan
L’exposition est présentée au CDDFA jusqu’en juillet 2027.
Venez la découvrir et faites-la connaître autour de vous.




