Toutes les victimes ne se valent elles pas ?

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Commentant l’attentat de Trappes, Emmanuel Macron s’est une nouvelle fois illustré par une déclaration lunaire sur laquelle il est finalement revenu devant le tollé qu’elle a suscité. Selon lui, ce drame marque « un tournant pour la nation, parce que c’est la première fois qu’il y a un acte terroriste planifié pour tuer nos compatriotes en raison de leur couleur de peau ou de leur religion ».

Était-ce un oubli, alors impardonnable, ou la volonté assumée d’occulter nombre d’autres assassinats, essentiellement islamistes, survenus pour des motifs religieux ( sachant par ailleurs que la victime décédée à Trappes était de religion chrétienne) ?

Comment peut-on tenter d’effacer les tueries, qui se sont succédées dans notre pays, où les victimes l’ont été en raison de leur appartenance religieuse, juive ou chrétienne ? Des assassinats des enfants de l’école Ozar Atora de Toulouse en 2012 à ceux de la basilique de Nice, en passant par ceux de l’Hypercasher de la Porte de Vincennes ou du père Hamel à Rouen, il s’agissait bien de personnes visées en raison de leur confession religieuse – sans même évoquer les centaines d’autres victimes de la folie islamiste s’attaquant, sur notre sol, aux « mécréants » sans distinction.

Mais au-delà de ces évidences abondamment et opportunément rappelées au président de la République, il faut élargir la focale sur cette stratégie de la victimisation univoque par diverses mouvances – dont celle des Frères musulmans comme le rappelle régulièrement Florence Bergeaud Blackler.

Victimisation à sens unique qui consiste à oublier volontairement certaines victimes d’actes tout aussi odieux, perpétrés au nom d’une cause religieuse, politique ou ethnique, pour focaliser l’opinion sur celles servant la cause de leur idéologie mortifère.

Nous pouvons ainsi la relier à notre propre histoire puisqu’aujourd’hui, dans notre actualité brulante précisément, se déroule une offensive tous azimuts pour accroitre la lumière sur la répression de la manifestation FLN du 17 octobre 1961, jusqu’à en demander l’inscription officielle au calendrier des commémorations – quitte à imposer ad nauseam dans le débat public un récit falsifié, décontextualisé, et un nombre de victimes exagérément gonflé par des journalistes ou des pseudo historiens militants. On a encore vu ce phénomène à l’œuvre lors des émeutes urbaines du 17 octobre dernier (la date avait-elle été choisie par hasard ?), avec les drapeaux algériens et une banderole « ici on noie des Algériens » déployés sur la statue de la place de la République. Demandons au passage en quoi ceci servait la cause des lycéens ou des revendications sociales de cette journée. Grotesque et artificielle « convergence des luttes »,et in fine amalgame contre-productif pour la reconnaissance de causes éventuellement légitimes.

Victimisation sélective en l’occurrence donc, puisqu’elle occulte totalement les morts de tous âges des massacres de masse de populations civiles durant la même période 1954-62 en Algérie, ceux notamment du 5 juillet 62 à Oran, du 20 août 1955 à El Halia et dans le Constantinois, qui se comptent officiellement par centaines – pour beaucoup assassinés dans des conditions abominables, car il existe mille façons d’être tué.

On pourrait y ajouter les dizaines de morts européens de la fusillade du 26 mars 62 à Alger, victimes de l’armée française plutôt que du FLN, qui sont également invisibilisées et frappées d’un « silence d’Etat » qu’aucun grand média ne vient briser. Et sans omettre également, les dizaines de milliers de harkis victimes, après le pseudo cessez-le-feu, de la barbarie du FLN.

Imagine-t-on ce dernier, toujours au pouvoir à Alger, rendre hommage aux victimes européennes du 5 juillet 62 à Oran ou du 20 août 55 à El Halia – s’il commémore cette dernière date, c’est pour héroïser ces « authentiques résistants » qui ont massacré des enfants et des vieillards ? Chacun a les héros qu’il se choisit.

Alors, dans cette concurrence des victimes, sans doute malsaine et malvenue mais imposée par le camp des idéologues revanchards, et s’il faut ainsi entrer dans ces macabres comptages, il importe de le marteler sans cesse : dans la recherche et la promotion de ces hommages, toutes les victimes ne se vaudraient elles pas ?

Gérard Guibilato