L’instrumentalisation du 17 octobre 1961 à Paris

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Chaque année, le 17 octobre est l’occasion d’une commémoration de la manifestation du FLN à Paris en 1961. Les événements sont présentés comme un « crime d’Etat » à l’origine de plusieurs centaines de morts. Cette fable est entretenue par le pouvoir algérien et ses soutiens en France. Elle a été initiée en 1991 par Jean-Luc Einaudi[1], collaborateur de l’Humanité Rouge, publication maoïste, dans un ouvrage où il affirme qu’il y a eu 393 morts. Toutes les enquêtes faites par des historiens, un policier, des magistrats font un sort à cette allégation mensongère.

Les études faites par l’historien Jean-Paul Brunet[2], par Rémy Valat[3], Roger le Doussal[4] et par les rapports du magistrat au Conseil d’Etat Dieudonné Mandelkern[5] et l’avocat à la Cour de Cassation Jean Géronimi[6] demandés en 2001 par le gouvernement socialiste de Lionel Jospin montrent que le nombre de morts est largement surestimé par l’Algérie et ses soutiens. Pour Brunet, Valat et Mandelkern il y a eu moins de 30 victimes, Roger Le Doussal parle de 6 morts, Lugan de 3 morts, Mandelkern identifie moins de 50 victimes et Roger Frey alors ministre de l’intérieur, annonçait six morts au Conseil des Ministres du 26 octobre[7].

Le Cercle Algérianiste rappelle plusieurs points :

            La guerre d’Algérie en métropole ne s’est pas limitée pas aux manifestations du 17 octobre 1961. Le bilan humain de ce conflit qui opposait le FLN au MNA et aux forces de l’ordre s’élève du 1er janvier 1956 au 23 janvier 1962 à 3 957 décès et 7 745 blessés, pour un total de 10 223 agressions. En région parisienne, du 23 octobre 1958 au 31 décembre 1961, les affrontements avec la police ont fait 1 290 tués et 1 386 blessés chez les Algériens pour un total général de 1 424 tués et 3 127 blessés de janvier 1956 à mai 1962, incluant Algériens, policiers et civils métropolitains[8]. C’était alors le conflit le plus sanglant en Europe occidentale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le FLN, engagé dans une lutte pour l’indépendance de l’Algérie s’était doté de structures d’encadrement de la population maghrébine et la soumettait à un impôt révolutionnaire : en 1960, la fédération de France du FLN aurait recueilli 63 millions de francs (soit plus de 120 millions d’euros de 2026). Des groupes de choc ont sanctionné les réfractaires aux directives du FLN en instaurant un régime de terreur : plus de 50 personnes ont été noyées en 2 mois, attribuées essentiellement au conflit MNA/FLN. Le FLN était une faction à visée totalitaire (Jean-Paul Brunet). Devant ces menaces, le préfecture de police forme une unité de policiers auxiliaires (FPA), au recrutement arabo-kabyle, qui met le FLN en difficulté.

En 1961, la guerre d’Algérie entre dans sa phase finale. Les négociations entre FLN et représentants du gouvernement français reprennent et un cessez-le-feu est instauré en juin-juillet. Mais le FLN poursuit ses attentats. Maurice Papon, préfet de police de Paris, instaure un couvre-feu le 5 octobre 1961 car les agressions mettent la police parisienne à cran (22 policiers tués depuis le début de l’année). La fédération de France du FLN connaît l’état d’exaspération des forces de l’ordre. Mais elle est aussi engagée dans une lutte pour le pouvoir au sein du FLN. Des études récentes ont mis l’accent sur les dimensions sociales et politiques qui opposait la fédération de France du FLN au GPRA[9] .

En résumé,

  1. La manifestation du 17 octobre 1961 n’est pas autorisée. Elle se déroule de nuit, pour braver le couvre-feu. Elle est dirigée sur des sites symboliques de Paris, sachant que le gouvernement français ne peut tolérer un acte qui, s’il n’était pas réprimé, apparaîtrait comme une faiblesse.
  2. Des sympathisants du FLN (Elie Kagan[10]), présents sur les lieux, transmettent au GPRA des photographies des affrontements qui sont aussitôt publiées au Caire sous forme d’une brochure (dont Jean-Luc Einaudi a repris la structure) avant d’être présentées à l’ONU.
  3. Des unités de police sont provoquées au pont de Neuilly (JP Brunet). Alors que les femmes et les enfants sont placés en tête des cortèges, il n’y eut aucune victime parmi eux (Jean-Paul Brunet a prouvé que Fatima Bedar, présentée comme victime de la répression policière, s’est suicidée).
  4. Tous ces éléments prouvent que la direction de la Fédération de France du FLN a délibérément choisi la stratégie de la provocation, dans un contexte de guerre ouverte avec la France et de lutte d’influence au sein du FLN. Mobiliser de façon souvent contrainte (Le Doussal) plus de 22.000 personnes de nuit, dans un environnement de violence, de conflit et d’exaspération policière confirme la responsabilité de la fédération de France du FLN.
  5. Et le 17 octobre 2026, lors des manifestations de lycéens et d’étudiants, on a vu et entendu dans les cortèges et sur les écrans de LCI les mêmes accusations colportées par l’histoire officielle algérienne et des mouvements politiques d’extrême gauche qui ignorent volontairement la réalité historique.

Roger Vétillard

 

[1] Jean-Luc Enaudi, La bataille de Paris, 17 octobre 1961, Le Seuil 1991

[2] Jean-Paul Brunet, Police contre FLN, le drame d’octobre 1961, Flammarion, 1999

[3] Remy Valat, les calots bleus et la bataille de Paris, Michalon, 2007 et 1961, l’étrange victoire, FLN, terrorisme et instrumentalisation mémorielle, Dualpha, 2014.

[4] Roger Le Doussal, Commissaire en Algérie, Riveneuve 2011. (Roger Le Doussal a été directeur de l’inspection générale des services à la préfecture de police)

[5] http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/984000823.

[6] Le Monde, 13 août 1999.

[7] Le 19 octobre 1961, le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) a annoncé moins de 50 morts.

[8] Roger Vétillard, Un regard sur la guerre d’Algérie, Riveneuve, 2016, pp 215/230.

[9] Amar Mohand-Amer, La crise du FLN de l’été 1962. Indépendance nationale et enjeux de pouvoir(s), Éditions Frantz Fanon, 2023.

[10] Jean-Luc Einaudi op. cit.